Une performance avec Jonathan Schatz

« Stables ou nomades, les milieux formels engendrent leurs divers types de structures sociales, un style de vie, un vocabulaire, des états de conscience. D’une façon plus générale, la vie des formes définit des sites psychologiques….Ainsi le constructeur enveloppe, non le vide, mais un certain séjour des formes, et, travaillant sur l’espace, il le modèle, du dehors et du dedans, comme un sculpteur. Il est géomètre quand il dessine le plan, mécanicien quand il combine la structure, peintre pour la distribution des effets, sculpteur pour le traitement des masses. Il l’est tour à tour et plus ou moins selon les exigences de son esprit et selon l’état du style. En appliquant ces principes il serait curieux de d’étudier la manière dont agit le déplacement des valeurs et de voir comment il détermine une série de métamorphoses qui ne sont plus passage d’une forme dans une autre forme mais transposition d’une forme dans un autre espace ». Henri Focillon, « Vie des formes, Éloge de la main », Paris, Presses Universitaires de France, 1934.

On l'a enfin ce soir vue de nos yeux pour de vrai, l'ultimate-work-in-progress-trash-performance, celle que si elle n'existait pas il aurait fallu l'inventer, le mètre étalon de l'éternelle toute dernière tendance, à chaque génération récrée- mais toujours la même!- avec enthousiasme et urgence, le truc tel que se l'imaginent d'un air entendu les gens normaux quand on essaie de les persuader de venir voir au moins une fois dans leur vie de la danse contemporaine avec nous: tout y est en effet et jamais dans le bon ordre: surtout d'abord des temps morts qui n'en finissent pas de mourir, à bouger eux mêmes tous les deux les projecteurs, les accessoires, la sono, les instruments de musique et tous les objets superflus, et accomplir toutes les actions inutiles de ce genre, et aussi s'acharner à des actions censées être signifiantes, mais sans d'intentions claires, ni scénario, ni progression, sauf que la fille perd sa jupe au bout de trente secondes et que l'étourdie a oublié de mettre une culotte, et si distraite qu'elle garde le haut un peu avant d'avoir trop chaud, le garçon résiste tout de même quant à lui dix bonnes minutes avant de se retrouver à poils lui aussi, après inévitablement, tout dégénère très rapidement: à part ce à quoi on s'attend- et qui évidemment se produit dans les grandes lignes et en poses démonstratives-, en plus ils crient, chantent et ânonnent- Les Idiots de Lars von Triers pourraient passer pour des surdoués à coté- dans le meilleur des cas on distingue quelques phonèmes d'un anglais soap-variété, ils font souffrir des guitares désaccordées et à usage phallique, et font souffrir nos oreilles avec du larsen, jouent beaucoup avec des adhésifs aussi, sont fascinés par les fluides, et nous font bien sentir qu'ils pourraient allez encore plus loin (encore plus bas? encore plus haut?) s'ils voulaient mais le travail est en cours encore, pour explorer au 1er et au 13° ces deux originales thématiques: everybody-is-a-fucking- rock-star et regarde-c'-est-incroyable-moi-aussi-j-ai-des-organes-génitaux, mais en tous cas on ne comprend pas soi-même pourquoi en fin de compte on a aimé, alors que c'est exactement le genre baclé qui nous crispe d'habitude, mais le fait est qu'on les aime, peut-être parcequ'eux-même n'ont pas vraiment l'air de se pendre au serieux, et sur scène ne semblent jamais être d'autres personnes qu'eux mêmes, qu'ils ont de la présence à la tonne, que tout cela irradie une honnêteté brute dans le genre destructeur et régressif, too much pour être vraiment et méchamment provocateur, et presque tendre au fond-limite romantique punk- et qu'ils s'y croient moins que "La Zampa", et qu'on les remercie pour quelques éclats de rire libérateurs, surtout au vu d'une glissade nue dans l'huile et la bière, après toutes ces semaines à voir et écrire des spectacles si sérieux, on en avait bien besoin, et puis on investit: après tout peut-être feront-ils le Théâtre de la Bastille l'an prochain.

C'était Stand by me/mad even de la Compagnie Else, à Point Éphémère, devant cinquante personnes par terre sur des coussins au début et tout de même encore vingt cinq à la fin. C'était gratuit et ça recommence demain.

Guy Degeorges, Un soir ou un autre


TOURNÉE

02/06/2006 – CNDC / Essais / Angers

02/02/2007 – Point FMR / Paris

03/02/2007 – Point FMR / Paris

24/05/2007 – Théâtre d'Abbeville / Saint Lucien$

25/05/2007 – Théâtre d'Abbeville / Saint Lucien

15/06/2007 – ASCA / Beauvais


CRÉDITS

Projet initié par Marianne Baillot et Jonathan Schatz

Recherche, accompagnement: Daniel Perrier et Stéphanie Auberville
Musique: Jonathan Schatz & Marianne Baillot
Lumière: Jonathan Schatz & Marianne Baillot
Son: Jonathan Schatz & Marianne Baillot
Costumes: Marianne Baillot
Production: Else association
Photos : Image 1 : Jean-Luc Godard, le Gai Savoir.

CO-RÉALISATIONS

Cie Marie Devillers / Les Chemins du Sol

Point FMR

Soutient: CNDC, Formation Essais, Direction Emmanuelle Hyunh